On assiste depuis la fin de semaine dernière à une escalade dans les tensions entre les Etats-Unis et la Chine dont il est, à notre niveau, impossible de démêler le vrai de l’intox. Selon Bloomberg, des entreprises américaines de premier plan et des agences gouvernementales américaines auraient à leur insu utilisé des serveurs intégrant des composants espions manipulés par la Chine. Après les surtaxes sur les importations chinoises décrétées par les Etats-Unis, cet épisode vient encore fragiliser la chaîne d’approvisionnement mondiale en électronique.

Apple et Amazon ont démenti avec fermeté l’existence de puces espionnes sur les cartes-mères de serveurs fournies par le Californien Super Micro Computer. Ce dernier a également réfuté avec force les informations selon lesquelles les serveurs vendus aux clients contenaient des puces malveillantes dans les cartes mères de ces systèmes. « Super Micro n’a jamais trouvé de puces malveillantes, ni informé aucun client que de telles puces ont été trouvées », affirme l’entreprise dont les produits sont assemblés en Chine.

Apple a déclaré sur CNBC : « Nous sommes profondément déçus que les journalistes de Bloomberg n’aient pas été ouverts à la possibilité que leurs sources soient fausses ou mal informées. Notre meilleure hypothèse est qu’ils confondent leur histoire avec un incident précédemment rapporté en 2016 dans lequel nous avons découvert un pilote infecté sur un seul serveur Super Micro dans l’un de nos laboratoires. Il a été déterminé que cet événement ponctuel était accidentel et non une attaque ciblée contre Apple ».

Steve Schmidt, responsable de la sécurité des informations chez Amazon Web Services, a déclaré : « Comme nous l’avons indiqué plusieurs fois à Bloomberg BusinessWeek au cours des deux derniers mois, à aucun moment, dans le passé ou le présent, nous n’avons rencontré de problèmes liés à du matériel modifié ou à des puces malveillantes sur des cartes-mères Supermicro ».

Supermicro ajoute qu’il n’a jamais été contacté par des agences gouvernementales, nationales ou étrangères, concernant ces allégations et ajoute que la fabrication de cartes-mères en Chine est une pratique courante dans l’industrie. « Presque tous les fournisseurs de systèmes utilisent les mêmes fabricants sous contrat. Supermicro qualifie et certifie chaque fabricant sous contrat et inspecte régulièrement leurs installations et leurs processus », affirme l’entreprise.

Quelle que soit la véracité de ces informations (il est difficile pour des grands groupes de reconnaître s’être fait piéger), elles vont dans le sens d’une remise en cause des relations entre les Etats-Unis et la Chine concernant la chaîne d’approvisionnement en électronique. Déjà, les surtaxes imposées par l’administration Trump sur les importations chinoises allaient dans ce sens (voir notre article).

Quand on sait que nous sommes toujours dans une situation de pénurie pour certains composants et de longs délais d’approvisionnement pour beaucoup d’autres, toute remise en cause ou tentative de refonte du réseau actuel de chaînes d’approvisionnement ne peut amener que confusion et désordre pour l’industrie électronique mondiale. A un moment où la profession n’en a vraiment pas besoin. Les Etats-Unis semblent pourtant en avoir pris le risque.

La situation en août 2018 sur les délais d’approvisionnement par type de composants vue par l’organisation professionnelle américaine ECIA