Ce n’était pas du bluff. Trump prend le risque d’un désordre industriel mondial qui affectera notamment l’industrie électronique. Les Etats-Unis ont publié hier une liste d’environ 200 milliards de dollars d’importations chinoises qui seront soumis à des droits de douane supplémentaires.

Conformément à la directive du président Trump, les taxes supplémentaires entreront en vigueur à compter du 24 septembre 2018 et seront initialement de l’ordre de 10%. À compter du 1er janvier 2019, le niveau des surtaxes passera à 25%. Selon le Bureau du représentant américain au commerce (USTR), cette décision s’inscrit dans « le cadre de la réponse continue des Etats-Unis au vol de la propriété intellectuelle américaine et au transfert forcé de technologies américaines ».

« Aujourd’hui, j’ai ordonné au représentant américain au commerce (USTR) de procéder à des tarifs supplémentaires sur environ 200 milliards de dollars d’importations en provenance de Chine. Les tarifs entreront en vigueur le 24 septembre 2018 et seront fixés à 10% jusqu’à la fin de l’année. Le 1er janvier, les tarifs passeront à 25%. En outre, si la Chine prend des mesures de rétorsion contre nos agriculteurs ou d’autres industries, nous poursuivrons immédiatement la phase trois, à savoir des droits de douane sur des importations supplémentaires d’environ 267 milliards de dollars », a déclaré le Président Trump dans un communiqué de la Maison Blanche.

SEMI, la puissante organisation professionnelle des fournisseurs de matériaux et de machines de production de semiconducteurs, fait la mise au point suivante : « Notre industrie est mondiale et les entreprises dépendent fortement du commerce. En 2017, plus de 90% des équipements pour SC fabriqués aux États-Unis était exporté. En raison de cette dynamique, les États-Unis ont un excédent commercial de près de 9 milliards de dollars dans ce secteur. SEMI soutient les politiques commerciales qui ouvrent les marchés étrangers[…] Au cours de réunions, les dirigeants ont exprimé leur profonde préoccupation quant au fait que les surtaxes infligeraient de profonds dommages à l’économie américaine, y compris aux membres de SEMI. Nos estimations suggèrent que ces surtaxes et les taxes de représailles de la Chine coûteront plus de 700 millions de dollars par an aux sociétés de semiconducteurs, ce qui augmentera considérablement les coûts d’exploitation. Ces tarifs menacent également le leadership technologique américain. Les États-Unis ont mené l’innovation depuis des décennies. Cependant, en poursuivant des politiques qui limitent les possibilités d’accès au marché, la R&D et l’innovation menées par les entreprises ralentiront, ce qui limitera le potentiel d’exportation. Les entreprises de SEMI ont également souligné qu’en raison de l’application brutale de ces tarifs, cette action nuirait aux entreprises américaines, tout en blessant leurs concurrents chinois. En fait, environ 40% des importations de notre secteur en provenance de Chine proviennent d’entreprises américaines ou d’autres sociétés non chinoises. De plus, l’industrie des semiconducteurs s’appuie sur un vaste réseau de chaînes d’approvisionnement, qui ont été construites et qualifiées au cours des années. Une refonte en profondeur des chaînes d’approvisionnement est tout simplement impossible ».

Pour contrer les pratiques déloyales de la Chine, le 15 juin, Trump avait déjà annoncé que les États-Unis imposeraient des droits de douane de 25% sur des importations chinoises d’une valeur de 50 milliards de dollars.

« Alors que l’industrie américaine des semiconducteurs partage les préoccupations de l’Administration Trump concernant les pratiques chinoises en matière de transfert de technologie et de propriété intellectuelle, l’imposition de tarifs sur les semiconducteurs chinois, dont la plupart sont en fait conçus et fabriqués aux États-Unis, est contre-productif et ne parvient pas à résoudre les graves problèmes de propriété intellectuelle et de politique industrielle en Chine. Nous sommes impatients de travailler avec l’Administration pour expliquer pourquoi l’imposition de tarifs sur nos produits serait néfaste pour notre compétitivité et ne répond pas à nos défis avec la Chine », avait alors réagi la SIA, l’association américaine des fabricants de semiconducteurs. Sans être entendue.

Figurent en effet dans la liste des produits incriminés, bon nombre de composants et matériels électroniques : matériaux et matériels pour la fabrication de semiconducteurs, circuits imprimés, etc.

La liste contient 5 745 lignes complètes ou partielles des 6 031 lignes tarifaires originales figurant sur la liste proposée des importations chinoises annoncées le 10 juillet 2018. L’USTR a décidé de retirer totalement ou partiellement 297 lignes tarifaires de la liste initiale proposée. Parmi les produits retirés de la liste proposée figurent certains produits électroniques grand public tels que les montres intelligentes et les appareils Bluetooth, etc.

En mars 2018, l’USTR avait publié les conclusions de son enquête selon laquelle les actes, politiques et pratiques de la Chine liés au transfert de technologie, à la propriété intellectuelle et à l’innovation étaient « déraisonnables ».

Plus précisément, l’enquête met en avant que la Chine utilise des exigences en matière de coentreprises, des restrictions à l’investissement étranger et des procédures d’examen administratif et d’octroi de licences pour exiger ou faire pression sur le transfert de technologie d’entreprises américaines. « La Chine facilite injustement l’investissement systématique et l’acquisition d’entreprises américaines et d’actifs pour générer un transfert de technologie à grande échelle et mène et prend en charge les cyber-intrusions dans les réseaux informatiques américains pour obtenir un accès non autorisé à des informations commerciales de valeur commerciale », fustige le rapport.

On attend désormais la réaction des Chinois.

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