La guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine a contraint Qualcomm à renoncer à racheter NXP. C’est sans doute l’information de l’été qui aura le plus d’impact sur l’électronique mondiale. Faute d’avoir obtenu de la Chine la dernière autorisation nécessaire à ce rachat, le géant américain a mis fin le 26 juillet à son projet d’acquérir le groupe néerlandais dans une transaction de 44 milliards de dollars. NXP a empoché 2 milliards de dollars de frais de résiliation de l’opération.

Pour le cabinet d’études américain IC Insights, il est clair que la fenêtre de tir pour les méga-fusions dans l’industrie des semiconducteurs s’est refermée dans le contexte géopolitique actuel, en raison de la valeur très élevée de ces acquisitions majeures, de la surveillance accrue exercée par les organismes de réglementation, de la montée du protectionnisme dans un plus grand nombre de pays et des frictions commerciales croissantes entre les Etats-Unis et la Chine. « Il est de moins en moins probable que des acquisitions de plus de 40 milliards de dollars en semiconducteurs puissent être réalisées ou même tentées dans l’environnement géopolitique actuel », analyse le cabinet d’études.

Le rachat en numéraire de NXP à hauteur de 44 milliards de dollars par Qualcomm aurait été la plus importante acquisition jamais réalisée dans les semiconducteurs, mais l’accord initialement annoncé en octobre 2016 à près de 39 milliards de dollars et porté à 44 milliards en février 2018 a été annulé parce que la Chine n’avait pas autorisé la transaction. La Chine était le dernier pays requis pour l’approbation de la fusion. Dans un avenir prévisible, le contrôle accru des gouvernements protégeant leur base nationale de fournisseurs étouffera les méga-transactions de plus en plus importantes. Huit des dix plus importantes annonces de fusions-acquisitions sont parvenues à leur terme au cours des trois dernières années, mais la transaction la plus importante n’a pas été conclue (voir illustration).

Avant l’abandon de l’offre de 44 milliards de dollars de Qualcomm pour NXP, l’acquisition de Broadcom par Avago Technologies avait été la plus importante, s’élevant à 37 milliards de dollars au début 2016. Avago s’est rebaptisée Broadcom Limited après son achat et a lancé une offre publique d’achat hostile de 121 milliards de dollars sur Qualcomm à la fin de 2017. Il a abaissé l’offre non sollicitée à 117 milliards de dollars en février 2018 après que Qualcomm ait porté son offre pour NXP à 44 milliards de dollars. En mars 2018, le président américain Donald Trump a bloqué l’offre publique d’achat de 117 milliards de dollars de Broadcom sur Qualcomm, forçant Broadcom à renoncer à son projet.

L’industrie mondiale des semiconducteurs a été remodelée par une vague historique de fusions et d’acquisitions au cours des trois dernières années, avec environ 100 accords de fusions-acquisitions conclus entre 2015 et le milieu de 2018, selon les données collectées par IC Insights. Des accords de fusions-acquisitions d’une valeur record de 107,3 ​​milliards de dollars ont été annoncés en 2015. Le deuxième plus haut total d’accords de fusions-acquisitions dans les semiconducteurs a été atteint en 2016, à 99,8 milliards de dollars. Les annonces de fusions-acquisitions ont totalisé 28,3 milliards de dollars en 2017. Au cours des six premiers mois de 2018, les annonces fusions-acquisitions dans les semiconducteurs ont représenté une valeur totale d’environ 9,6 milliards de dollars, selon le décompte d’IC Insights.

Qualcomm poursuit sa diversification en dehors des mobiles

En renonçant au rachat de NXP, Qualcomm va néanmoins poursuivre la stratégie de diversification en dehors du marché des processeurs pour mobiles dans les domaines de l’IoT, de l’automobile, des puces RF, de l’informatique mobile et des réseaux. L’Américain s’attend à réaliser un chiffre d’affaires annuel de 5 milliards de dollars en 2018 dans ces domaines, soit 70% de plus qu’il y a deux ans. Qualcomm a déjà réalisé plus d’un milliard de dollars de chiffre d’affaires pour l’exercice 2017 dans l’IoT. Dans l’automobile, Qualcomm s’apprête à fournir des solutions de connectivité et des capacités d’intelligence pour la voiture connectée de demain. En juillet 2018, son carnet de commandes était de 5 milliards de dollars dans ce domaine, contre 3 milliards en janvier 2018.

Mais c’est bien-sûr dans la 5G que le géant américain entend donner toute la mesure de son savoir-faire grâce à son expertise dans les domaines du calcul avancé, de la connectivité et de l’intelligence artificielle, les éléments clés de la technologie 5G. Qualcomm espère dominer le marché de la 5G qui recèle d’importantes opportunités à court et à long terme, car la prochaine vague de technologie cellulaire va transformer radicalement les secteurs. Ces nouvelles opportunités contribuent à augmenter la taille du marché exploitable de Qualcomm à 100 milliards de dollars.

Quant à NXP, le groupe néerlandais donne rendez-vous aux investisseurs le 11 septembre prochain pour détailler sa stratégie en tant que groupe resté indépendant. Nous y reviendrons.

Voir la présentation de la stratégie de Qualcomm, après l’échec du rachat de NXP