C’est le plus gros rachat de l’été dans l’électronique, mais il n’a pas encore été officialisé. Selon Bloomberg et Reuters, le chinois Tsinghua Unigroup, bras armé des autorités chinoises dans la stratégie semiconducteurs du pays, aurait signé un accord pour racheter le spécialiste français de la connectique pour cartes à puces Linxens (ex-FCI Microconnections) au fonds d’investissements CVC Capital. Le montant du rachat atteindrait 2,2 milliards d’euros.

Le Français Linxens, spécialiste de la conception et de la production de connecteurs de cartes à puce, inlays et sources lumineuses LED, avait racheté fin 2016 la division SIT (Secure ID & Transaction) du Néerlandais Smartrac, qui développe et produit des antennes et des inlays RFID. L’ancienne filiale de FCI représente ainsi désormais environ 500 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel pour un effectif de 3000 personnes réparties entre la Chine, la France, l’Allemagne, le Brésil, le Japon, la Corée, Singapour, la Thaïlande et les Etats-Unis. Linxens compte 8 sites de production et 4 centres de R&D à travers le monde au service de 200 clients.

La France, l’Allemagne et la Commission européenne devront encore autoriser la transaction. Selon une tribune d’Olivier Marleix, député LR d’Eure-et-Loir, publiée dans Les Echos, Bercy ne s’opposerait pas à ce rachat car « il n’entre pas dans le périmètre du contrôle des investissements étrangers parce qu’il ne s’agissait que de composants passifs » … C’est dire !

Tsinghua est un habitué des projets de rachats qui n’aboutissent pas. A l’été 2015, le groupe chinois avait tenté de racheter le fabricant de mémoires américain Micron Technology pour 23 milliards de dollars, avant que les Etats-Unis ne bloquent la transaction.

L’opacité qui entoure Tsinghua Unigroup rend difficile toute certitude à son égard. On sait que Tsinghua Unigroup possède les fabricants de puces pour mobiles Spreadtrum et RDA Microelectronics rassemblés depuis peu sous le nom d’Unisoc. Rappelons qu’en 2014, Intel avait pris une participation de 20% dans ces entreprises, qui occupent le troisième rang mondial pour la fourniture de circuits pour téléphones mobiles. Tsinghua aurait également pris le contrôle à l’été 2016 de son compatriote XMC, responsable de la coordination du développement d’une industrie chinoise des mémoires, notamment pour la production de flash NAND avec des projets de méga-usines. Tsinghua Unigroup a également annoncé par le passé des prises de participation dans Western Digital, ainsi que dans les Taïwanais Powertech Technology, ChipMOS Technologies et Siliconware Precision Industries (SPIL). Mais on ne sait si ces projets ont abouti ou sont toujours d’actualité. De même, Tsinghua aurait racheté des actions de Dialog Semiconductor dont il détiendrait environ 9% du capital. Tsinghua Unigroup a également fondé H3C conjointement avec HP et est devenue une entreprise leader sur le marché des produits et services Internet, classée première en Chine et deuxième au monde.

Enfin, à la mi-août, Tsinghua aurait signé un accord pour prendre 30% du capital d’ASEN Semiconductors, la filiale taïwanaise d’ASE Technology, un leader des services d’assemblage en boîtiers et de test des semiconducteurs. Le montant de la transaction avoisinerait 400 M$. ASE Technology a finalisé le rachat de son compatriote SPIL en avril dernier.

On voit donc qu’il y a matière à une enquête approfondie de la part des autorités concernées avant d’approuver cette acquisition non encore officielle de Linxens. Le feront-elles ? A suivre.