Non content d’être le premier électronicien à avoir obtenu le label « Vitrine Industrie du Futur » pour son site industriel de Montrevault sur Evre dans le Maine-et-Loire (49), le sous-traitant Lacroix Electronics prépare un projet de plusieurs dizaines de millions d’euros pour construire de A à Z une nouvelle usine véritablement 4.0 qui remplacerait l’ancienne. L’objectif est de doubler le chiffre d’affaires du site avec un effectif sensiblement équivalent pour répondre à l’essor du marché de l’IoT industriel, et accompagner sa transformation en équipementier technologique du smart world.

La décision d’investir n’a toutefois pas encore été prise. En janvier 2019, les macro-hypothèses de la faisabilité du projet devront ou non être validées, avant de poursuivre. Dans l’affirmative viendrait alors la phase de conception détaillée du projet avant un prochain rendez-vous en septembre 2019 afin de prendre ou non la décision d’investir. Si la décision est favorable, l’inauguration de la nouvelle usine interviendra 18 à 24 mois plus tard.

Pourquoi se lancer dans un tel projet alors que l’usine actuelle (un ancien bâtiment de Thomson construit en 1910) est déjà une vitrine de l’électronique française de par son label ? Pour Vincent Bedouin, p-dg du groupe Lacroix, l’usine actuelle s’apparente davantage à une usine 3.0 où le maitre-mot est l’automatisation, qu’à une véritable usine 4.0. Ce n’est pas seulement l’automatisation poussée de la fabrication qui est visée, mais bien la convocation de toutes les technologies du futur (intelligence artificielle, exploitation de l’ensemble des données, algorithmes, jumeau numérique de l’usine, réalité augmentée, etc.) pour rendre l’usine réellement compétitive sur un plan mondial.

« Le métier de sous-traitant demande des immobilisations de cash très importantes dans les stocks, qui limitent les capacités d’investissements des entreprises. La digitalisation des opérations devra nous permettre par exemple de mieux gérer les approvisionnements. En brassant des énormes quantités de données, les systèmes d’intelligence artificielle d’aide à la décision permettront la simulation de la demande des clients, ramenant l’élaboration de devis en dessous de la journée, contre plusieurs semaines », explique, par exemple, le p-dg. Avec le mode opérationnel de cette future usine, les clients pourront ainsi se connecter pour suivre l’évolution du produit de la conception à la livraison. Dès validation de la commande, le projet sera confié aux ingénieurs des bureaux d’étude, assistés par des algorithmes complexes pour obtenir le produit le plus performant. La phase de production de la commande sera alors simulée grâce au jumeau numérique (clone digital) de l’usine, avant d’entrer dans la phase d’assemblage où toutes les machines de production seront connectées au cloud et où les opérateurs seront assistés par la réalité augmentée et par des robots collaboratifs pour les tâches répétitives.

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Lacroix souhaite ainsi construire un modèle de référence en Europe, dans un écosystème connecté ouvert et collaboratif, avec également de fortes exigences environnementales (connexion au smart grid régional, recyclage, etc.) et d’innovation sociale (développer des emplois qualifiés durables dans un territoire rural). Vincent Bedouin veut voir dans ce projet de rupture un symbole de la réindustrialisation de l’industrie électronique française. Elle est permise par une évolution de la demande liée à la smart industry et l’IoT industriel, qui réclame au départ des petites séries de produits complexes où la flexibilité et l’agilité sont primordiales pour raccourcir les délais de mise sur le marché, avant de bénéficier de séries plus importantes pour les produits qui auront conquis leur marché. Dans cette optique, Lacroix compte pouvoir doubler le chiffre d’affaires de son usine de Montrevault sur Evre à 100 M€ contre 50 M€ actuellement, avec un effectif sensiblement équivalent.

Qu’est-ce qui pourrait faire capoter le projet ? Outre la non-validation des aspects technologiques, le groupe devra pouvoir s’assurer d’obtenir les mécanismes de financement appropriés (Bpifrance, territoires concernés, etc.). Le succès du World Electronic Forum (WEF) qui s’est tenu à Angers en octobre 2017 et la création du Technocampus Industrie Électronique du Futur dans la capitale angevine témoignent d’une oreille plutôt attentive. La signature prévue pour ce mois de novembre du contrat du Comité Stratégique de Filière (CSF) de l’industrie électronique, dont Vincent Bedouin est le vice-président, plaide également pour l’intérêt des pouvoirs publics de saisir ce symbole de réindustrialisation de l’industrie électronique française.

Avec un chiffre d’affaires de 441 M€, le groupe Lacroix est une entreprise détenue à 70% par des capitaux familiaux, présente également sur le marché de la gestion des infrastructures de la voirie intelligente à travers Lacroix City et des infrastructures d’eau et d’énergie à travers de Lacroix Sofrel. Lacroix Electronics, outre son usine de Montrevault sur Evre (460 personnes), possède également une usine en Pologne (200 M€ pour environ 2000 personnes), une usine en Allemagne (20 M€ de CA pour 150 personnes) et une autre en Tunisie (50 M€ de CA). Le groupe est également entré au capital du sous-traitant américain Firstronic, pour compléter son implantation géographique.