La rapide montée en puissance des start-up chinoises dans la conception de circuits intégrés, ainsi que l’avènement des processeurs à domaine spécifique au premier rang desquels l’intelligence artificielle font croître de manière significative les activités de conception de puces, pour le grand bénéfice des éditeurs de logiciel de CAO : tel est le message de Wally Rhines, CEO de Mentor, une division de Siemens depuis 2017.

De passage à Paris, le p-dg de Mentor a dressé un paysage flatteur de l’industrie électronique à un moment de son histoire où les start-up prolifèrent pour répondre aux besoins des domaines spécifiques que sont l’intelligence artificielle, l’apprentissage profond, les crypto-monnaies ou encore la 5G. Pour répondre à ces défis, il faut de nouvelles architectures de processeurs aux performances inégalées, souligne le spécialiste de la CAO. Ainsi, si l’intelligence artificielle est un serpent de mer sur lequel le p-dg de Mentor s’est penché depuis 1986, ce domaine n’est pas parvenu à émerger à l’époque par manque données à analyser (pas d’IoT pour fournir des données massives dans les années 80), par une limitation de la puissance de calcul pour le traitement des données, par manque d’algorithmes suffisamment avancés, et surtout par manque de « killer application », susceptible de créer un marché rentable. Aujourd’hui, tout est différent : le véhicule autonome, par exemple, de par l’énorme quantité de données qu’il génère et nécessite, rend ces nouvelles architectures de processeurs à domaine spécifique indispensables.

Pour preuve, l’envol des sommes investies dans les start-up de ces domaines par le monde de la finance. Ainsi, selon Mentor, depuis le 3e trimestre 2017, les sommes investies dans ces start-up ont explosées pour atteindre près de 1,2 milliard de dollars pour le seul 2e trimestre 2018, à comparer à souvent moins de 100 M$ par trimestre depuis 2012. Par type de domaines spécifiques, l’intelligence artificielle et l’apprentissage profond écrasent tous les autres, avec, en cumulé, 1163 M$ de fonds levés depuis 2012, à comparer à 465 M$ pour les crypto-monnaies et 301 M$ pour la 5G (on ne comptabilise ici que les fonds levés par des start-up). Bon nombre de ces start-up développent des processeurs spécifiques pour la voiture autonome (ADAS, radar, etc.).

Autre phénomène récent : l’entrée en masse des start-up chinoises sur le marché de la conception de circuits intégrés. Selon Wally Rhines, les entreprises chinoises fabless ont largement dépassé les start-up américaines pour leurs premiers tours de table depuis le 3e trimestre 2017. Déjà, la Chine abritait 1380 entreprises de conception de puces en 2017, contre moins de 500 jusqu’en 2011. Et les entreprises chinoises fabless sont devenues bien plus grosses qu’auparavant (chinois), employant entre 100 et 500 personnes pour 43% d’entre elles en 2015. Il est vrai que le gouvernement chinois a ouvert les vannes pour financer sa propre industrie des semiconducteurs (on parle d’un fonds de 47 milliards de dollars annoncé en 2018).

La conjonction de ces phénomènes fait que les éditeurs de CAO ont de beaux jours devant eux pour répondre avec les outils adéquats (nouvelles méthodologies de conception, synthèse à haut niveau, etc) à cette prolifération de conception de puces, veut croire le dirigeant américain. Sans compter que les géants mondiaux se mettent eux-aussi à développer leurs propres puces : Amazon, Facebook, Google, Apple, Tesla, etc.