Difficile de parler innovation en France sans évoquer le CEA-Leti, tant l’empreinte du laboratoire de recherche grenoblois sur les avancées françaises en électronique est indélébile. Outre ses travaux de recherche qui ont permis à bon nombre de start-up d’éclore pour industrialiser ses innovations de rupture, le Leti sait également adresser les demandes ponctuelles des PME plus éloignées du réacteur grenoblois pour les aider à franchir un palier dans leur démarche de rupture technologique. Le Leti met également la dernière main à la préparation d’un projet de R&D national de plus de 1 milliard d’euros dans la microélectronique, pendant tricolore d’un plan de 1,8 milliard d’euros en Allemagne.

« L’innovation est avant tout une contestation des idées reçues qui conduit au succès », souligne Marie-Noëlle Semeria, directrice du CEA-Leti. « Pour 1 euro investi, on en génère 5 chez nos partenaires industriels », assure-t-elle.

Du premier transistor CMOS fabriqué au Leti en partenariat avec l’ancêtre de STMicroelectronics en 1968, un an après sa création par le CEA, à l’essaimage de ses travaux de recherche qui ont donné naissance à des sociétés comme Soitec ou Sofradir, l’industrialisation a toujours été au cœur des préoccupations du laboratoire. Le Leti s’enorgueillit ainsi de tirer 80% de ses financements de ses contrats de recherche avec l’industrie. Son budget annuel atteint aujourd’hui 335 M€ pour un effectif de 1300 personnes (1900 chercheurs en comptant les personnes qui gravitent autour du Leti).

Sur les 10 dernières années, environ une soixante de start-up a ainsi été créée pour industrialiser les travaux de recherche du laboratoire. Le centre de recherche estime aujourd’hui à 350 le nombre de ses partenaires industriels dont 40% sont des PME. Si 60% de ses recherches ont trait aux composants  (transistors, mems, imageurs, micro-oleds, etc.), 25% concernent des procédés de fabrication et des matériaux (Soitec et Applied Materials en sont des partenaires emblématiques) et 15% concernent l’aspect système dans divers domaines (Renault, Safran ou Intel collaborent par exemple avec le Leti au niveau système).

Un programme de R&D de plus de 1 milliard d’euros en préparation

crédit Vincent GUILLY -CEA

Outil de souveraineté économique et géostratégique des pouvoirs publics, le Leti constitue ainsi un maillon essentiel de la politique industrielle nationale et européenne en matière de nanoélectronique, notamment pour le programme européen de type IPCEI (Important Projects of Common European Interest) en train de se constituer. Trois domaines ont été définis par la Commission européenne pour ces projets IPCEI : la microélectronique, le calcul intensif et l’automobile. Le projet de microélectronique au sens large (des industries consommatrices de puces, aux fabricants de semiconducteurs, jusqu’aux matériaux) est le plus avancé et l’Allemagne et la France sont moteurs dans ce domaine, rappelle Marie-Noëlle Semeria. Récemment, l’Allemagne a pris les devants en annonçant un programme global sur quatre ans de 1,8 milliard d’euros : 800 M€ pour la R&D (dont 400 M€ pour la microélectronique au sens strict, voir notre article) et 1 milliard pour l’industrie. Côté français, un projet analogue est en cours de finalisation et doit être remis à la Commission européenne à la fin de l’année. Le plan Nano 2017 qui s’achèvera à la fin de l’année a mobilisé 1,2 milliard d’euros au cours des cinq dernières années. Le Président Hollande a réaffirmé à Grenoble sa volonté de poursuivre cet effort. Il appartiendra désormais au Président Macron de le confirmer. Sans préjuger des décisions qui seront prises, il est probable qu’un budget du même ordre de grandeur soit reconduit. C’est du moins le souhait du Leti et de la filière microélectronique tricolore.

Permettre à la France d’accroître ses capacités de production en microélectronique sur le sol national, développer les compétences pour la réalisation de petites séries dans des technologies de spécialité dans la défense et la sécurité, réaliser des recherches amont en matière d’imageurs, de mems, de mémoires embarquées pour microcontrôleurs, permettre le passage de la R&D à l’industrialisation par la mise en place de lignes pilotes : telles sont les missions assignées et remplies par le Leti depuis sa création.

A lire dans ce dossier :

https://youtu.be/hr4UHkyjlQI